Mélange des cultures : la musique tzigane entre à l’Opéra.

De la musique tzigane à l’Opéra ? La promotion de l’interculturalité ? Tout cela a-t-il du sens ? En plein débat sur l’identité nationale et après le renvoi de migrants clandestins vers un pays en guerre, on se dit que oui, le partage des cultures est le meilleur moyen d’établir des passerelles entre les hommes.
Le départ du festival Convergences Culturelles-édition 2009 a été donné mardi 24 novembre à l’Opéra de Rennes par le concert d’Esma Redzepova, ‘Reine des Tziganes’, avec l’ensemble Teodosievski. Esma Redzepova est une ambassadrice de la culture rom et macédonienne. Considérée comme la plus grande voix de la musique tzigane, elle incarne la rencontre des cultures : elle est née en 1945 à Skopje d’une mère catholique macédonienne et d’un père rom musulman, d’une grand-mère juive irakienne (oui, c’est possible !)
Alain Surrans, directeur de l’Opéra de Rennes, Ahmed Chatmi, président de l’UAIR (Union des Associations Interculturelles de Rennes) et Katja Krüger, conseillère municipale chargée de la diversité culturelle ont présenté la manifestation. A l’heure du débat sur l’identité nationale, cette dernière a souhaité que l’édition 2009 de Convergences Culturelles soit comme un pied de nez au contexte actuel, marqué par un durcissement de la politique vis-à-vis des migrants. Ici il s’agit de permettre la rencontre avec la culture de l’autre pour mieux combattre les préjugés et la méfiance et favoriser le vivre-ensemble.
Ce temps d’échange entre cultures est celui des Rennais de tous les quartiers, et l’assemblée réunie hier à l’Opéra pour l’occasion reflétait bien l’esprit de l’opération ‘Opéra, ouvre-toi !’ (du 24 novembre au 17 décembre) dans laquelle ce concert s’inscrit également : on y voyait toutes les cultures, tous les âges et tous les milieux se côtoyer dans un même lieu.
A l’Opéra, le premier spectacle est le riche décor de dorures, lustres, appliques et velours rouge. De par l’architecture du lieu, on peut aisément balayer la salle du regard et on a réellement le sentiment d’appartenir à une assemblée lorsqu’on prend place dans son fauteuil, que l’on soit à l’orchestre ou aux balcons. Et lorsqu’enfin les regards se fixent sur la scène où apparaissent un à un les musiciens de l’Ensemble Teodosievski, la communauté des spectateurs se resserre encore, emportée par leur énergie, leur virtuosité et leur sourire.
Nos maîtres de cérémonie sont au nombre de six et jouent de l’accordéon, de la clarinette, de la trompette, des percussions, de la guitare acoustique et de la contrebasse. Ce n’est qu’au troisième morceau qu’ils sont rejoints par la reine des Tziganes et de la soirée : Esma Redzepova entre en scène vêtue d’une robe rose pâle de diva et projette sa voix puissante et rauque, on est scotché à son fauteuil. Petite femme ronde et souriante à la voix et à la présence incroyables, elle prend place sur l’avant-scène laissée vide par les musiciens. Un véritable dialogue s’engage entre elle et eux : clarinettiste et trompettiste se rapprochent de la chanteuse, s’éloignent, reviennent… Même si nous ne comprenons pas les paroles, les gestes et les mimiques nous racontent l’histoire de ce morceau.
Difficile de dire quand un morceau s’achève et quand un autre commence tant ils s’enchaînent rapidement, sans pause parfois. Des instrumentaux permettent à la diva de changer de costume : plutôt traditionnel à dominante rouge et dorée pour un morceau chargé d’émotion qui commence par un chant mêlé de sanglots (Esma s’essuie même les yeux et le nez sur scène comme si elle avait réellement pleuré). Et enfin, robe vert pâle pour clore la soirée. Musiciens et chanteuse ne s’économisent pas : solos pour chaque instrument au cours du spectacle comme dans un orchestre de jazz, intermède musico-théâtral virtuose orchestré par le trompettiste et le clarinettiste, jeu entre le percussionniste et le public, pas de danse, vocalises. Ils ont tous plaisir à être ensemble sur scène et à partager entre eux, et avec le public qui le leur rend bien. On voit rarement des musiciens se féliciter les uns les autres par un geste du bras dès la fin du premier morceau, ou le public danser debout à l’Opéra ! Et pourtant…
L’ensemble est festif et entraînant, mais c’est aussi une musique et un chant qui touchent l’homme au plus profond de lui, car sont toujours présentes une certaine fêlure dans la voix ou une note de mélancolie dans la musique. ‘Je chante, je joue, je danse et je pleure’, dit un extrait traduit dans le programme.
Une soirée d’ouverture réussie dans tous les sens du terme : ce concert est un coup d’envoi énergique à ‘Convergences Culturelles 2009’ et un symbole de mélange des cultures et de partage.
Un seul bémol : la sonorisation qui nous fait penser tour à tour qu’Esma Redzepova aurait pu se passer de micro (après tout c’est une diva et on est à l’Opéra, que diable!) ou ses musiciens (car sa voix est parfois un peu masquée par la musique, d’où peut-être, sa tendance à pousser sa voix à certains moments ?)
Autre manifestation musicale dans le cadre de ‘Convergences Culturelles’ :
Salle de la Cité, Vendredi 27 novembre, Entrée libre.
18h - Rencontre d’ethnomusicologie avec Yves Defrance (Président de la Société française d’ethnomusicologie et Directeur du Centre de Formation des Musiciens Intervenants-Université de Rennes 2)
20h - Diver’zik : Orchestre de la Diversité. Restitution d’un atelier de travail initié en 2009 à l’UAIR. Répertoire berbère, celtique, brésilien, cambodgien, des Andes.
21h30 - Scène ouverte aux associations qui souhaitent partager leurs activités culturelles autour du chant, de la musique et de la danse.
Chants et musique des Andes ; musique et danse du Nordeste du Brésil ; danse géorgienne…